Rébellion de 1838 : Projet de République

Ailleurs, les Patriotes sous le commandement du docteur Cyrille-Hector Octave Côté sont défaits le 7 novembre à Lacolle.

           

 

Illustration de la Bataille d’Odelltown, 8 novembre 1838.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Odelltown#/media/Fichier:Bataille-Odletown.jpg

À Terrebonne, un traité de paix est conclu entre Loyalistes et Patriotes, alors que le lendemain, 8 novembre, c’est au tour des troupes de Robert Nelson d’essuyer un revers, après 2 heures de combat à Odelltown près de Lacolle, obligeant une fuite vers les États-Unis. Le comté de Laprairie est en feu et à sac. Les troupes de Boucherville se dispersent. 

Sur le soir, un courrier apprend aux officiers du Camp Baker la défaite de Lacolle et celle des Côtes. Les nouvelles étaient de partout mauvaises. Les officiers ont délibéré tout au long de la nuit.

« … Il fut convenu que ceux qui n’étaient pas trop compromis rejoindraient tranquillement leurs
foyers, que les autres, sous les ordres de Chevalier de Lorimier, se dirigeraient vers la frontière éloignée de quinze lieues, tandis que moi je retournerais avec mon monde à Beauharnais, pour y conférer avec nos amis restés dans ce village … ». 11      

Le 10 novembre à midi, « … 1 000 Glengarry Highlanders et 126 soldats réguliers du 71e Régiment britannique débarquent à Hungry Bay (baie Chartier), du bateau à vapeur Neptune en provenance de Cornwall. Les sentinelles de Pierre Leduc tirent en vain sur les envahisseurs et abandonnent le poste de la Pointe-du-Lac pour ainsi prendre la fuite. Les Highlanders marchent par la suite sur la Grande Île, pillant les maisons des habitants. Ils n’incendient des demeures sur leur route qu’à partir de Saint-Timothée … ».12

Fait à noter qu’en décembre 1837, l’officier en charge du fort de Coteau-du-lac, le colonel Vankoughnet, 

« … avait prévenu deux Patriotes, le notaire Baudet de Coteau-du-lac et de la Grande Île et le notaire Watier dit Lanoie, de Les Cèdres et de Saint-Timothée, que si jamais ils s’attaquaient au vapeur postal Henry Brougham, qui assurait le courrier entre Lachine et Cascades, que les Glengarry Highlanders viendraient piller et incendier tout le territoire occupé par les irréductibles canadiens … ». 13   

Prieur arrive à Beauharnais le 10 novembre à 11h00. Il ne reste maintenant sous les armes que 240 hommes. Les autres se sont retirés sur leurs fermes. Le moral est à plat. À 15h00, un messager… … leur annonce qu’un corps d’armée de 1 200 hommes, composé de réguliers et de volontaires de Glengarry, armés de six pièces d’artillerie marche sur Beauharnois. « … Charles Roy dit Lapensée (capitaine) vient trouver Prieur et lui dit que c’est de la folie de vouloir tenter quelque chose avec cette poignée d’hommes mal armés. Roy propose aux hommes d’abandonner … ». 14

Le capitaine Roy aurait contribué, à sa manière, à l’évitement probable d’un bain de sang qui aurait marqué l’histoire nationale. De Lorimier est arrêté en tentant de joindre les États-Unis. Plusieurs Patriotes le sont également, car les Loyalistes balaient la frontière. C’est le début de la fin.

Constatant l’état de la situation et sur le conseil du capitaine Roy de Beauharnois, Prieur invite ses commettants à regagner leurs terres. Pour sa part, il tente de fuir aux États-Unis. En passant par Saint-Timothée, il jette un dernier coup d’œil sur sa maison et son commerce incendiés. 

Il prend un sentier traversant la première concession et se rend aux confins de la 2e concession, puis décide de revenir au village. Il trouve refuge pour la nuit chez un certain Hurtubise, et ailleurs pour une seconde nuit. À cet endroit, il parvient à se mettre en contact avec trois des Frères Chasseur envers qui il a une confiance absolue. Ces derniers le trahissent et il se fait arrêter lors d’une rencontre factice organisée par eux. Trahi par ses compagnons d’armes, il est fait prisonnier le 20 novembre 1838 à Saint-Timothée. 

Michael Angelo Hayes (1820-1877) aquarelliste britannique de 18 ans, tableau conservé à Glasgow, Écosse.

Inscription à l’endos de l’œuvre : « Prisonniers Patriotes faits par les troupes du 71e Régiment à Beauharnois »

(Merci spécial à l’anthropologue Roland Viau qui nous a fait découvrir cette œuvre, à son retour d’Écosse). 

On amène Prieur à Beauharnois au moulin à farine, converti pour l’occasion en prison temporaire. À son arrivée, une quarantaine de prisonniers y sont logés, nourris aux biscuits secs et à l’eau. Il n’y a pas de chauffage et le mois de novembre en cette année fait particulièrement ressentir ses froids mordants. 

En retour du bon traitement prodigué envers les sœurs Ellice quelques semaines auparavant, François-Xavier Prieur obtient de meilleures conditions de détention à la suite de son arrestation.

« … Je n’avais été que quelques instants au milieu de mes compagnons de captivité (2e étage du moulin à farine de Beauharnois), lorsqu’on vînt me reprendre pour me conduire dans une autre partie du moulin, occupée par le meunier, laquelle partie m’était, me dit-on alors, destinée