Rébellion de 1838 : Projet de République

Rapin veut faire lever l’incertitude quant à sa condamnation. Il délègue donc sa mère auprès du Père Joseph-Guillaume Roque (1761-1840), grand vicaire de l’évêché montréalais et ancien directeur du collège de Montréal au moment où Charles Rapin y étudiait. Rapin ajoutera, dans son journal, que c’est lui, enfant, qui lui servait la messe tous les matins. 

Devant l’insistance de la mère de Rapin, le père Roque en réfère au Supérieur des Sulpiciens, le père Joseph-Vincent Quiblier (1796-1852). Rapin écrit : « mais vu les instances de ma mère qui voulait en connaître plus long, il [Quiblier] a cédé et lui a déclaré que je ne serais pas exécuté, ni d’autres, pour la politique. (…) C’est ainsi que nous nous sommes entendus avec le gouvernement », ajoute le prélat.

Les jeux sont faits, le 26 septembre 1839, 58 Patriotes, dont François-Xavier Prieur, prennent le chemin de l’exil. À l’intérieur de la prison, une fois les condamnés à l’exil évacués, chaînes aux pieds, Rapin pragmatique, écrira : « Nous n’avions pas encore déjeuné et il était deux heures de l’après-midi. Je mets ainsi que plusieurs autres les patates au feu avec la viande, qui n’a pas le temps de cuire, quand M. Leclère, un des employés du gouvernement, entre dans la cour de la prison en voiture, (…) il nous fait venir par couples pour nous annoncer que nous étions libres, et de sortir pour aller rejoindre nos familles ». Ils sont libérés sous caution.

Les Patriotes exilés en Australie obtiendront leur pardon à partir de 1844. Chacun doit s’arranger comme il peut pour rentrer chez lui. Faute de moyens financiers, Prieur devra rester en Australie jusqu’en février 1846, ne rentrant chez ses parents, à Saint-Timothée, que dans la nuit du 14 septembre 1846, après presque huit ans d’exil. 

À partir de ce jour, Rapin et Prieur, tout en habitant la même région, vont s’éviter, comme en font foi des registres paroissiaux. Par exemple, Rapin est de retour en 1851, infortuné prospecteur de la ruée vers l’or en Californie. En février 1852, sa femme, Rose Léger, donne naissance à un autre garçon, Robert-Alexandre; Charles signe le registre de la paroisse de Saint-Clément-de-Beauharnois à titre d’aubergiste. Mais, criblé de dettes, Rapin loue son hôtel pour cinq ans. Il s’établit alors à Montréal, où il exerce le métier d’huissier. Il quitte Beauharnois en 1852.

François-Xavier Prieur (1805-1876)
(Source : Aux Origines, AnDT, coll. Donald Tremblay)

François-Xavier Prieur, lui, s’y installe l’année suivante. En effet, le 17 avril 1853, il signe, toujours dans le même registre paroissial, en tant que « écuyer marchand de la paroisse » sur l’acte d’inhumation de son petit F-X Arthur, décédé à l’âge de six mois. 

L’un part, l’autre revient. Ainsi, en 1857, Charles Rapin, son bail de location de l’hôtel étant expiré, revient s’installer à Beauharnois. Le 14 février 1858, c’est le baptême de Marie-Émilie-Paméla Albertine. En 1858, François-Xavier Prieur quitte Beauharnois pour Montréal et s’associe avec Louis Renaud. Pendant trois ans, Prieur est administrateur de Renaud & Prieur, importateurs de vaisselles et poteries anglaises.