Rébellion de 1838 : Projet de République

Georges-Étienne Cartier (1814-1873)
https://fr.wikipedia.org/wiki/George-%C3%89tienne_Cartier#/media/Fichier:George-Etienne_Cartier.jpg

Il décède le 1er janvier 1891 à Montréal et sera inhumé par la suite au cimetière de la Côte-des-Neiges.

Charles Rapin et François-Xavier Prieur … les Patriotes ennemis de Saint-Timothée

François-Xavier Prieur : 
« J’ai pris note des événements dans lesquels j’ai été acteur, avant et pendant mon exil ».  
(source : BAnQ; Aux Origines, AnDT, coll. Donald Tremblay)

En 1838, Charles Rapin est un aubergiste de 29 ans de Saint-Timothée. Bien qu’originaire de Les Cèdres, François-Xavier Prieur, quant à lui, s’est constitué une clientèle de plus en plus nombreuse à son magasin de Saint-Timothée. C’est en s’approvisionnant en livres à Montréal que Prieur, 24 ans, est mis en contact avec les Patriotes. Lorsque vînt le temps de désigner un leader pour l’insurrection prévue à l’automne, son nom est évoqué. C’est l’aubergiste Rapin, à qui on propose le commandement des troupes, qui désigne plutôt le jeune marchand François-Xavier Prieur pour être « Castor », soit capitaine des Patriotes. 

Lorsque l’insurrection est déclenchée à Beauharnois, le samedi 3 novembre 1838, Prieur constate que des 600 hommes rassemblés, « …la moitié, écrira-t-il plus tard, étaient armés de fusils, et le reste, d’instruments de ferme transformés en engins de guerre ».19

Les Patriotes ou Capot gris de 1838.
     Aquarelle et mine de plomb de Katherine Jane Ellice (1814-1864). 
     (source : Archives nationales du Canada, C-13392)

Pour sa part, Roland Viau opine que l’on avait à l’époque la connaissance et les moyens de s’armer facilement de canons en faisant fondre les cloches d’églises de villages pour fabriquer des canons, mais que cette option d’armement ne correspondait nullement aux mœurs religieuses des habitants. Décoiffer le clocher de sa cloche déjà dénommée, ayant une âme propre et un son unique, ne correspondait pas à l’idéologie religieuse du temps. Ce sacrilège permettrait une ouverture béante aux affres de Satan. 20  

     Les Patriotes ou Capot gris de 1838. 

     Aquarelle et mine de plomb de Katherine Jane Ellice (1814-1864). 

     (source : Archives nationales du Canada, C-13392)

            

Manoir Ellice, construit vers 1795, rivière Saint-Louis, Beauharnois. 
            (Source : F.W. Lock, 1832; Aux Origines, archives numérisées, coll. Donald Tremblay)

Malgré cette carence en armes, l’attaque du manoir seigneurial est réussie, et après avoir capturé le fils du seigneur Ellice, sa famille et sa suite, les Patriotes se rendent maîtres du village de Beauharnois.

C’est le lendemain matin, lors de l’arraisonnement du vapeur Henry Brougham, que Charles Rapin se met à son tour plus en évidence. Il monte à bord avec un carrossier, Toussaint Rochon. Afin d’éviter que l’équipage ne donne l’alerte à Montréal, Rapin et Rochon ordonnent à l’ingénieur de bord de leur donner la partie du mouvement qui, détachée du reste, [fera que] …le vaisseau ne pouvait fonctionner; ce qu’il a fait et je suis parti avec Rochon, emportant dans mes bras cette partie du mouvement que j’ai laissée chez Rochon ».21

Illustration du bateau à vapeur Henry Brougham, au débarcadère de Beauharnois, Denyse Brosseau Touchette.
(source : Aux Origines, AnDT, coll. Denyse B. Touchette, 1994)

Un autre Patriote s’empare du drapeau du Henry Brougham

« … on redoutait que les troupes britanniques l’utilisent pour reprendre Beauharnois des mains des Patriotes. L’on prend une partie de la timonerie inopérante, mais sans la détruire, préservant ainsi l’option de pouvoir naviguer eux-mêmes sur ce vaisseau, le cas échéant. Toussaint Rochon, Patriote de Beauharnois, part avec la barre du Brougham et un autre Patriote avec l’Union Jack, drapeau devenu prise de Guerre Patriote. Il fut préservé durant plusieurs années dans la famille Prieur… ».22

Le bateau à vapeur Henry Brougham avait pour fonction de faire la navette entre Lachine, Les Cèdres et Beauharnois, étant affecté principalement au transport de bois, de passagers et du courrier. L’arraisonnement du vaisseau découle de la crainte des Patriotes d’y trouver des armes et des militaires ennemis. Ce ne fut pas le cas.  

Pavillon du Henry Brougham préservé par les descendants de François-Xavier Prieur.
(Photo d’artefact, prise au mois de mai 2004 lors d’un salon d’exposants
« Journée des Patriotes », Donald Tremblay, Cégep de Valleyfield, salle Chez Rose)
(Source: Aux Origines, AnDT, coll. Donald Tremblay)

Immédiatement après la victoire au Camp Baker, François-Xavier Prieur s’en est retourné à Beauharnois avec son groupe. On l’informe que près de 1 200 Volontaires marchent maintenant vers Beauharnois.

Les Patriotes tiennent le village une semaine, mais lorsque les quelques 1 200 soldats britanniques matent l’insurrection, la répression est terrible. À Saint-Timothée, quatre maisons et trois bâtiments sont brûlés, dont celles de François-Xavier Prieur et de Charles Rapin. Au total, soixante familles sont pillées.

Prieur et Rapin tentent, chacun de leur côté, de rejoindre par les bois la frontière américaine. En vain. De retour à Saint-Timothée et à Beauharnois, ils se cachent chez les uns et les autres lorsqu’entre en scène le major Denny. Après une cavale de dix jours, Prieur est arrêté. Il écrira : que « quelques individus, que je ne veux pas nommer, (…) parce que je ne veux pas contribuer à marquer d’infamie le nom que portent leurs enfants, (…) naguères mes compagnons d’armes, s’étaient abouchés avec M. le major Denny, de l’armée régulière, (…) ils avaient fait des révélations et avaient obtenu de ce dernier, paraît-il, la promesse d’un pardon immédiat s’ils parvenaient à découvrir ma retraite. (…) Les traîtres n’eurent pas de peine à (la) découvrir, attendu qu’on ne se défiait nullement d’eux (…) ».23   

Un de ces individus, comme le désigne Prieur, est Charles Rapin. Bien que celui-ci soit convaincu d’obtenir son pardon, le major Denny procède quand même à son arrestation, ainsi qu’à celles des autres Patriotes qui l’accompagnent. Tous sont ligotés et effectuent le trajet entre Saint-Timothée et Beauharnois, à pied, dans le froid de novembre. 

Enfermés dans le moulin à farine du seigneur Ellice qui sert de prison temporaire, puis transférés à la prison Au Pied-du-Courant, à Montréal, plus d’une centaine de Patriotes subissent un procès devant une cour martiale unilingue anglaise, sans le droit de recourir à des avocats à leurs côtés. 

Joseph-Olivier Archambault (1805-1876)
(Source: Aux Origines, AnDT, coll. Donald Tremblay)

À son procès, Rapin fait témoigner le curé de Saint-Timothée, l’abbé Joseph-Olivier Archambault. La Cour demande à celui-ci, en anglais, s’il était présent quand le major Denny a promis un pardon à Rapin et quelles étaient les conditions rattachées à ce pardon? Le prêtre répond à la cour, en anglais, « J’étais présent; la condition était qu’un homme nommé Prieur serait livré; et Rapin et les autres en prison se sont conformés à la condition ». Malgré ce témoignage, Rapin est condamné à mort, tout comme Prieur et près de cent autres Patriotes.

Après la pendaison de douze Patriotes, dont le notaire Thomas, dit Chevalier De Lorimier, le 15 février 1839, les condamnations à mort sont commuées en déportations à vie en Australie, colonie pénale de la Grande-Bretagne à l’époque.